Khalil Gibran — Le Sable et l'Écume (Recueil d'Aphorismes)

Après avoir écrit ses trois premiers ouvrages en langue anglaise (The Madman, The Forerunner et The Prophet), Khalil Gibran publia Sand and Foam (A Book of Aphorisms) en 1926. C'est son amie intime et bienfaitrice Mary E. Haskell qui le convainquit de publier ce recueil qu'il ne souhaitait, pour sa part, pas voir publié.

Cet ouvrage regroupe des idées éparses qu'il griffonna sur des bouts de papier et gardait jalousement. Avec Mary Haskell, il y mit de l'ordre et les classa par grands thèmes. Pour sa publication, il voulut rehausser le recueil de dessins personnels.

Nous pouvons retrouver parmi ces aphorismes et courts poèmes quelques idées que Gibran développa dans ses trois premiers ouvrages.

 

Sous le titre, Le Sable et l'Écume (Recueil d'Aphorismes), la traduction de Sand and Foam est en cours. Elle sera publiée en 2019 chez DEMDEL Éditions.

 

Préface de Gibran à la traduction arabe de Sand and Foam

À la traduction arabe de Sand and Foam assurée par Antonios Bachir et parue la même année que l’original anglais, en décembre 1926, Khalil Gibran fit l’introduction suivante dans sa langue maternelle. Nous en citons la version française qui figure dans la préface de Jean-Pierre Dahdah à la traduction qu’en collaboration avec Marÿke Schurman, il proposa du texte original anglais, parue chez Albin Michel en 1990.

« Ce petit livre n'est qu'une poignée de sable et une autre d'écume.

Bien que dans ses grains de sable j'aie semé les grains de mon cœur et que sur son écume j'aie versé la quintessence de mon âme, ce recueil est, et restera à jamais, plus près du rivage que de la mer, du désir limité que du désir accompli dont l'ardeur ne peut être limitée par les mots.

Dans le coeur de tout homme et de toute femme, il est un peu de sable et un peu d'écume. Mais certains d'entre nous livrent ce qui demeure caché dans le plumage de leurs cœurs, d'autres en éprouvent de la honte. Quant à moi, je n'en rougis point. »

Aphorismes choisis

Poetry is a deal of joy and pain and wonder, with a dash of the dictionary.

La poésie est affaire de joie, de douleur et d'émerveillement, avecques une pincée de dictionnaire.

 

Should you care to write (and only the saints know why you should) you must needs have knowledge and art and magic—the knowledge of the music of words, the art of being artless, and the magic of loving your readers.

Si d'écrire tu éprouves le besoin – et seuls les saints savent pourquoi –, tu dois maîtriser et savoir et art et magie : le savoir de la musique des mots, l'art d'être sans artifice, la magie d'aimer tes lecteurs.

 

They say to me, “Should you know yourself you would know all men.” And I say, “Only when I seek all men shall I know myself.”

Ils me disent : « Si tu te connaissais toi-même, tu connaîtrais tous les hommes. » Et je dis : «Ce n'est qu'en allant à la rencontre de  tous les hommes que je me connaîtrai moi-même. »